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Un contact sensoriel essentiel - des faits et expériences significatifs


Les orangs-outans portent leur petit pendant deux ans. Si une mère est tuée par des braconniers, son petit ne survit que s’il est porté jour et nuit par un humain pendant au moins dix-huit mois. Cette expérience a été menée avec succès dans le cadre d’un projet de réintégration en Asie. Ceci témoigne de l’importance du contact sensoriel entre la mère et l’enfant et du sentiment de sécurité qu’il déclenche. Dans de nombreux pays occidentaux, il est encore souvent conseillé de laisser l’enfant dormir (et pleurer) seul dans un berceau ou dans un lit à barreaux. On remarqua après la seconde guerre mondiale que le taux de mortalité des enfants de moins d’un an était plus faible dans les familles pauvres en dépit des mauvaises conditions d’hygiène. À la différence des enfants des familles aisées, les plus pauvres avaient davantage de contact corporel avec leur mère.

L’anthropologue Jean Liedloff a vécu deux ans au sein du peuple des Yequanas, une tribu de la forêt amazonienne. Elle fut frappée par l’absence de conflits entre adultes et enfants. Les enfants sont portés jusqu’à ce qu’ils puissent se déplacer à quatre pattes. Les adultes considèrent que les enfants sont des êtres sociaux à part entière, qu’ils méritent autant de respect et d’égard qu’un adulte et qu’ils possèdent en eux des compétences innées qui ne demandent qu’à se déployer. L’enfant n’est pas pour autant placé au centre du monde et les parents ne passent pas leur temps à l’observer, mais plutôt à lui faire prendre part à la vie quotidienne, haut perché sur le corps du porteur. Dans nos civilisations, nous commettons souvent l’erreur d’interrompre nos activités pour essayer de comprendre ce que l’enfant attend de nous. Celui-ci se retrouve alors stressé par cette expectative et teste la solidité de l’adulte. L’adulte Yequanas ne connaît pas ce genre de tensions car il s’occupe de ses affaires et laisse tranquillement l’enfant trouver son propre chemin dans la vie.

À Bali qui a été préservé de la colonisation et donc des influences occidentales, les enfants ne touchent normalement pas le sol avant six mois, portés exclusivement par la mère les deux premières années, puis par d’autres adultes. Un petit Netsilik (peuple canadien) est placé peau-à-peau contre sa mère sous une épaisse fourrure. S’il se met à suçoter la peau de sa porteuse, celle-ci comprend qu’il réclame le sein. Ce contact direct permet à la mère de détecter les moindres signaux et de répondre rapidement aux besoins du petit qui ne crie que rarement.

Voici le témoignage d’un chef de tribu africain Kikuyu : « Les souvenirs des premières années de mon existence sont tous liés à ma mère. Je me souviens du doux contact de son corps, lorsqu’elle me portait sur son dos et de l’odeur agréable que dégageait sa peau réchauffée par le soleil. Lorsque j’avais faim ou soif, elle me faisait basculer vers l’avant et je me retrouvais face à ses seins gorgés de lait. [...] La nuit, lorsque le soleil avait cessé de me réchauffer, ses bras, son corps prenaient le relais et, plus tard, lorsque je commençais à m’intéresser à mon environnement, je pus le contempler sans crainte du haut de mon refuge. Lorsque le sommeil me gagnait, il me suffisait de fermer les yeux. ». Willi Maurer rapporte le témoignage d’une réfugiée chilienne à qui il avait proposé un landau, ignorant à l’époque l’importance pour un enfant d’être porté. Celle-ci avait refusé et continuait de porter dans un grand châle son petit qui ne pleurait jamais et lui indiquait ses besoins par des gestes et mimiques. Malgré la difficulté de leur exil se dégageait une douce sérénité autour de ce duo. Peut-être la mère puisait-elle une force issue de son enfance où elle avait eu la chance d’être portée par sa propre mère.


Une fois sur Terre, un enfant découvre un univers complètement nouveau où il se rattache à ce qui le rassure, donc à ce qu'il connaît, tels que le son de la voix et l'odeur de sa mère. Le petit humain est par nature un « être porté » qui se développe au contact de son entourage, en particulier d'une personne maternante et protectrice. Priver le nouveau-né de ces repères peut freiner son développement du fait d'un sentiment d'insécurité et d'un manque de stimulations psychomotrices. Il se peut que le bébé enfouisse en lui des émotions non digérées qui réapparaîtront ultérieurement sous d'autres formes. L'enfant devra par la suite faire un travail sur soi afin de trouver des solutions satisfaisantes pour répondre à ses propres besoins et pour ne pas reproduire les mêmes lacunes avec ses propres enfants, mais tenter de répondre à leurs besoins du mieux possible. Les études rejoignent les témoignages d'expériences personnelles : la proximité corporelle, notamment en portant son enfant, répond au besoin essentiel de contact sensoriel du bébé. Rassuré, l’enfant peut ainsi évoluer et découvrir progressivement son nouveau monde.

Auteure : Présence Bouvier (Managing Editor)

Références bibliographiques
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