L'humain est un être porté – La nature est bien faite et montre ce qui est naturellement bon pour chaque individu. Dans nos cultures occidentales, l’être humain a longtemps été qualifié à tort de nidicole, d’où les soins correspondants prodigués aux petits, qui étaient mis à part dans des « nids » à l’instar des chats et des souris. Pourtant, le petit homme n’est ni un nidicole, ni un nidifuge, chez lequel le petit se déplace dès la naissance comme les adultes, et suit sa mère ou son troupeau où qu'il aille (buffles, chevaux…). On observe dès la naissance de l’enfant des réflexes archaïques qui prouvent qu’il est fait pour être porté. Ces réflexes ont une valeur fonctionnelle et adaptative importante : leur absence est un signe d’immaturité tandis que leur évolution puis leur disparition sont le signe d’une bonne maturation. Parmi les principaux réflexes, notons le réflexe d’embrassement (ou réflexe de Moro) ; le réflexe de fouissement, recherche et orientation vers le sein ; suivis des réflexes de succion et de déglutition ; et le grasping, une flexion des doigts et un agrippement suite à une stimulation de la paume.(1) Les membres sont naturellement en flexion à la naissance, pour progressivement se mettre en extension vers 3-5 mois. Tout arrondi à la naissance, le dos du bébé va progressivement se redresser au cours de la première année. Il peut de ce fait être salutaire de placer l’enfant dans des positions que l’enfant adopte naturellement, comme par exemple avec les jambes écartées et relevées.
L’humain est donc un « porté », terme proposé en 1970 par le biologiste allemand Bernhard Hassenstein pour désigner un type de jeunes animaux qui ne sont ni nidicoles, ni nidifuges. Il est un porté passif, contrairement à nos cousins les singes qui sont des portés actifs, capables de s’agripper par eux-mêmes aux poils de leur parent. Le non-développement des organes sensoriels ainsi qu’une régulation thermique instable sont des caractéristiques typiques des êtres portés auquel le petit humain appartient.
Un contact sensoriel encouragé par l'O.M.S. – Voici un extrait d’une liste de mesures publiée par l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) en 1997, visant à assurer la protection thermique du nouveau-né : « La salle où se déroule la naissance doit être chaude (au moins à 25°C) et à l'abri des courants d'air. Dès qu'il est né, il faut immédiatement sécher et couvrir l'enfant, avant même de couper le cordon ombilical. Pendant qu'on le sèche, il doit reposer sur une surface chaude, comme la poitrine ou le ventre de la mère (contact peau à peau). Laisser le nouveau-né au contact du corps de sa mère est le meilleur moyen pour éviter qu'il ne se refroidisse. [...] L'allaitement peut être commencé une heure après l'accouchement, ce qui apportera au nouveau-né des calories pour produire de la chaleur corporelle. Dans les jours suivant la naissance, on peut éviter l'hypothermie en gardant la mère et le nouveau-né ensemble (cohabitation), en allaitant aussi longtemps et aussi souvent le nourrisson qu'il le désire et en l'habillant suffisamment en fonction de la température ambiante. »(2) En mars 2004, l’U.N.I.C.E.F. et l’O.M.S. déclarent l’allaitement au sein comme déterminant pour la survie de l’enfant. « Rien ne peut remplacer l’allaitement au sein pour qu’un enfant prenne un bon départ dans la vie, commente Carol Bellamy, Directeur général de l’UNICEF. Seul le lait maternel donne aux nourrissons tous les nutriments, les anticorps, les hormones, les facteurs immunitaires et les antioxydants dont ils ont besoin pendant les six premiers mois de leur vie pour se développer. Il les protège contre la diarrhée et les infections respiratoires aiguës et stimule leur système immunitaire. Presque toutes les mères peuvent allaiter à condition d’être bien informées et soutenues par leur famille, par leur communauté et par le système de soins de santé, explique LEE Jong-Wook, Directeur général de l’O.M.S.. Les gouvernements devraient prendre des mesures rapides et efficaces pour appliquer cette stratégie. »(3)
Alors que porter son enfant a été pratiqué de manière ancestrale dans de nombreuses cultures du monde, il refait surface dans les sociétés occidentales seulement depuis les années 80. En 1978, à l’Instituto Matemo lnfantil de Bogota en Colombie, la prise en charge médicale des enfants prématurés pose gravement problème en raison de l’insuffisance des moyens techniques, notamment d’une pénurie de couveuses obligeant à placer plusieurs prématurés dans le même incubateur, favorisant l’apparition d’infections nosocomiales. Un pédiatre s’inspire alors des kangourous dont la mère joue un véritable rôle de couveuse, portant pendant plusieurs mois dans sa poche ventrale son petit né immature, jusqu’à ce qu’il soit autonome. C’est ainsi que des mères colombiennes sont invitées à porter contre elles leur enfant prématuré, peau contre peau, 24 heures sur 24, le réchauffant de leur propre chaleur, l’allaitant à la demande, jusqu’à ce qu’il ait pris suffisamment de poids. Réjean Tessier et Line Nadeau, de l’École de psychologie, et six chercheurs colombiens, démontrent dans un article paru dans la revue scientifique Infant Behavior & Development les effets bénéfiques mesurables sur le développement physique et intellectuel de l’enfant grâce à la méthode Kangourou : chute spectaculaire de la mortalité infantile, baisse notable des séquelles durables et parfois disparition de lésions qu’on croyait irréversibles.
L’O.M.S. confirme ces résultats : « La méthode de la mère kangourou (MMK) est une manière efficace de prendre soin d'un petit bébé pesant entre 1000 et 2000 grammes qui n'a pas de grave maladie. La MMK lui donne chaleur, lait maternel, protection contre l'infection, stimulation et amour. Le bébé est déshabillé, sauf son bonnet, ses langes et ses chaussons et il est placé droit entre les seins de la mère, avec la tête tournée d'un côté. Ensuite, le bébé est attaché sur la poitrine de la mère avec un pagne et couvert par les habits de la mère. Si la mère n'est pas disponible, le père ou un autre adulte peut lui donner les soins peau-à-peau. [...] La recherche a montré que, pour les bébés prématurés, la MMK est aussi efficace, sinon plus efficace, que les soins en incubateur. De petits bébés bénéficiant de la MMK restent moins longtemps à l'hôpital que ceux recevant des soins conventionnels. Ils ont moins d'infections et prennent du poids plus rapidement, épargnant l'argent et le temps de l'hôpital et épargnant à la famille une souffrance supplémentaire. »(4)
(1) Duverger P., Malka J. : Développement psychomoteur du nourrisson et de l’enfant et ses troubles, Module 3 - Maturation et vulnérabilité - Objectif 32 www.univ-rouen.fr/servlet/com.univ.utils.LectureFichierJoint?CODE=1096554957117&LANGUE=0
(2) www.who.int/reproductive-health/publications/French_MSM_97_2/MSM_97_2_executive_summary.fr.html
(3) www.who.int/mediacentre/news/releases/2004/pr19/fr/
(4) www.who.int/pmnch/media/publications/oanfr_III_5.pdf
Références bibliographiques en fin d'article.



