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...à l’origine d’une division intérieure


Les événements douloureux tels que la séparation d’avec la mère à la naissance et le sentiment d’abandon qui peut en découler risquent d’être refoulés car impossibles à gérer par le fragile nouveau-né. Plus tard, l’adulte va probablement se « couper » de ces sentiments pénibles qu’il tentera d’oublier, créant une division intérieure qui pourra se répercuter de façon néfaste sur son comportement social. L’adulte qui n’aura pas digéré ses émotions sera en effet susceptible d’exprimer ses souffrances à travers son comportement. On peut s’interroger sur l’influence de cette fracture émotionnelle interne sur l’émergence de divers troubles au niveau relationnel. Peut-être existe-t-il également une corrélation avec une perte de l’instinct naturel, une difficulté à s’orienter dans la vie et une tendance à rechercher la sécurité dans des systèmes de croyance, de connaissances et d’éducations dogmatiques qui leur dictent ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est sain et ce qui est nocif etc. Le manque de proximité corporelle peut aussi jouer un rôle dans l’affaiblissement du système immunitaire (dignité blessée et absence du colostrum, le premier lait riche en substances immunisantes). Si la séparation mère-enfant s’ajoute à des systèmes de valeurs où le contact physique est considéré comme vulgaire, cela peut favoriser le développement de personnalités réservées, incapables d’exprimer une émotion et de comprendre la détresse humaine.

La médicalisation de l’accouchement a également pour effet d’entraver le phénomène d’empreinte entre l’enfant et sa mère. Notons en particulier les anesthésies péridurales et les césariennes trop souvent réalisées sans réelle nécessité. Une étude portugaise révèle que les femmes ayant subi une césarienne ont davantage besoin d'aide pour démarrer un allaitement que les femmes ayant accouché par voie naturelle (groupe témoin).(1) Selon une étude française à l'INSERM, les mères ayant accouché par césarienne, souffrent plus souvent de troubles psychosomatiques durant la première année que les mères du groupe témoin.(2) La même équipe a montré deux ans plus tard que suite à une césarienne, les femmes avaient généralement moins d'enfants et plus de mal à concevoir. Quatre ans après l'accouchement, elles se plaignaient davantage de fatigue que celles du groupe témoin. 9% des mères ont consulté un psychiatre contre aucune du groupe de référence. Âgés entre un et quatre ans, les enfants nés par césarienne avaient été plus souvent à l'hôpital que les enfants nés par voie naturelle.(3) Une autre étude, menée par Trowell J., a mis en évidence qu'un mois après la naissance de leur enfant, les mères ayant accouché par césarienne échangeaient bien moins de regards avec leur bébé que les autres. Elles doutaient plus sur leur capacité à s'occuper de leur bébé, étaient davantage déprimées, symptômes à l'appui, et n'ont réussi à considérer leur enfant en tant que personne réelle que plus tardivement. Elles ont trouvé plus difficile de s'ajuster à l'arrivée de leur premier enfant que les mères du groupe témoin.(4) C'est ce que semblent confirmer les résultats d'une étude publiée dans The Journal of Child Psychology and Psychiatry (Le Journal de la Psychologie et Psychiatrie Infantile), qui a observé les activités cérébrales de mères en réaction aux pleurs de leur propre bébé. Les mères ayant accouché par voie naturelle apparaissent plus sensibles que celles ayant accouché par césarienne, en raison d'une activité accrue de régions cérébrales supposées réguler les émotions, la motivation et les comportements habituels.(5)

Dans les sociétés occidentales, voilà des siècles que nous séparons les bébés de leur mère juste après l’accouchement. En isolant le tout nouveau-né dans une chambre, l’angoisse de l’abandon risque d’être transmise de génération en génération. En effet, tous ces bébés devenus adultes sont susceptibles de porter en eux la trace d’une blessure bien enfouie au fond d’eux-même. Ces refoulements peuvent se manifester notamment dans l’incapacité à accueillir les besoins de leurs enfants quand ceux-ci en auraient tellement besoin. Nous sommes confrontés au phénomène du serpent qui se mord la queue lorsque nous répétons à chaque génération le même schéma, en infligeant inconsciemment aux autres ce que nous avons nous-mêmes subi : la séparation.

(1) Rocha SM., Simpionato E., de Mello DF., 2003. «Mother-child bonding: comparative study of mothers after normal delivery and cesarean section.» Departamento de Enfermagem Materno Infantil e Saúde Pública da EERP/USP, Revista brasileira de enfermagem, Brasil, vol. 56, no. 2 (Mars-Avr), p. 125-9.
(2) Garel M, Lelong N, Kaminski M., 1988. «Follow-up study of psychological consequences of caesarean childbirth.» INSERM, Unité 149, Villejuif, France. Early Human Development ; vol. 16, no 2-3 (Mars), p. 271-82.
(3) Garel M, Lelong N, Marchand A, Kaminski M., 1990. «Psychosocial consequences of caesarean childbirth: a four-year follow-up study.» INSERM Unité 149, Villejuif, France. Early Human Development, vol. 21, no 2 (Févr), p. 105-14.
(4) Trowell, J., 1982. «Possible effects of emergency caesarian section on the mother-child relationship.» Early Human Development, vol. 7, no 1 (Oct), p. 41-51.
(5) Swain JE., Tasgin E., Mayes LC., Feldman R., Constable RT., Leckman JF., 2008. «Maternal Brain Response to Own Baby Cry is Affected by Cesarean Section Delivery.» The Journal of Child Psychology and Psychiatry, vol. 49, no 10. (Oct).

Références bibliographiques en fin d'article.

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