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Un corps-à-corps déterminant - La séparation mère-enfant...


La naissance est un des événements les plus marquants qu’il nous soit donné de vivre. Le raz-de-marée de sensations et d’émotions qu’elle entraîne bouleverse profondément aussi bien la mère que l’enfant, ainsi que l’entourage. Cet intense passage, tel un « choc violent », peut être vécu de manière plus ou moins traumatisante par le petit être qui vient de quitter un cocon douillet et protecteur. Qu’elle soit vécue en douceur ou dans le stress, la venue au monde n’en reste pas moins une étape décisive dans la vie de l’individu.
Quelles conséquences peut avoir la séparation précoce de la mère et de l’enfant dans les instants qui suivent la naissance ?
Comment remédier à une division interne pour modifier son comportement envers ses propres enfants ?
À quels besoins répond le contact corporel entre la mère et l’enfant et quels bienfaits apporte-t-il ? Un contact sensoriel essentiel, encouragé par l'OMS
À quels besoins répond le contact corporel entre la mère et l’enfant et quels bienfaits apporte-t-il ? Des faits et expériences significatifs

Dans les années 1850, les premiers landaus pour enfants font leur apparition. Jusqu’alors, les classes paysannes avaient coutume de porter leurs enfants pour pouvoir se déplacer et continuer les multiples tâches à effectuer pour gagner leur pain quotidien.
Dans les milieux favorisés, par contre, l’enfant était souvent séparé de la mère et confié à une nourrice qui lui donnait son lait et ses câlins. Reléguer son enfant à une bonne était signe de prospérité. Lorsque le landau de Victoria, Reine du Royaume-Uni, fut adapté aux exigences de la cour, il s’est rapidement imposé dans les milieux aisés qui le considéraient comme un signe supplémentaire de richesse. C’est ainsi que la pratique de porter son enfant fut peu à peu abandonnée. Au début du 20è siècle, la proximité corporelle était considérée comme néfaste car cela gâtait l’enfant qui risquait de devenir plus tard capricieux et peu autonome. La fabrication du lait en poudre dans les années 1950 n’a fait qu’accentuer la séparation entre l’enfant et le giron maternel.

La séparation(1) précoce du nouveau-né d’avec sa mère, que nous pratiquons sous nos latitudes depuis des générations, influence le développement futur de l’enfant. Cette séparation, juste après l’expulsion, survient à l’instant précis où allait se produire le phénomène de l’empreinte. Il s'agit du processus d’attachement et d’identification survenant immédiatement après la naissance chez tout mammifère y compris l’humain. Ce phénomène naît du contact de tous les sens et déclenche chez la mère et l’enfant les instincts et la reconnaissance mutuelle aidant la mère à répondre adéquatement aux besoins de son enfant qui peut se développer harmonieusement. Après des années de développement personnel et d’expérience en travail corporel et émotionnel, le thérapeute suisse Willi Maurer est persuadé que la relation mère-enfant est le fondement même du développement harmonieux de chaque individu. Selon lui, nous ne sommes pas encore conscients de l’ampleur de l’impact qu’ont les premiers instants de notre vie, et plus particulièrement de l’importance du contact physique avec la mère. Une mère séparée de son enfant témoigne : « Je ressentis pendant des années une sensation de manque, que je ne pouvais identifier, mais qui m’empêchait de ressentir et de vivre pleinement mon instinct maternel. » C’est cette totale confiance acquise grâce à l’empreinte qui permettra à la petite fille, plus tard, de résister aux médecins qui lui recommanderaient de se séparer de son bébé dans les minutes qui suivent l'accouchement, quand elle sera mère à son tour.

À la naissance, l’être humain a des besoins précis : bénéficier du contact de tous les sens avec la mère, du sentiment de chaleur et de sécurité que procure cette proximité, être porté et entendre les battements de son cœur (réflexe d’agrippement) ; téter le sein, apaiser la faim et la soif (réflexe de succion) ; reconnaître dans le regard et la tendre attention de la mère que l’on est un être unique et digne de tout son amour (phénomène de réflexion). Le bébé ressentant la satisfaction de ces besoins comme une question de survie, il les fait entendre bruyamment et avec beaucoup d’énergie. « Les pleurs d'un enfant sont, du point de vue biologique, sa manière d'émettre, tout comme le petit marsupial, un signal d'alarme acoustique lorsqu'il a perdu le contact avec sa mère, la personne qui le protège... »(2) Si les parents y répondent par de l’indifférence, le bébé risque d’en être marqué à vie et de conclure qu’il ne sert à rien d’exprimer ses besoins. Il se repliera probablement sur des solutions de substitution. Le biberon ou la tétine remplaceront le sein maternel, puis les nounours et doudous combleront l’absence de contact physique. Devenus adultes, certains individus essaieront de palier à ce manque originel par une consommation excessive de médicaments, de cigarettes, d'alcool ou de drogues. D'autres chercheront à combler ce manque par la satisfaction d'un besoin compulsif de possession, par une tendance excessive à suivre les modes ou en prenant beaucoup de vacances pour fuir la grisaille quotidienne.

(1) La séparation mère-enfant fait référence à l’usage consistant à ne laisser l’enfant que très peu de temps dans les bras de sa mère après sa naissance, de le confier presque immédiatement à des personnes qui lui sont étrangères, de le laisser seul dans son berceau, quand il n'est pas isolé dans une autre pièce. Le nourrisson éprouve alors un profond sentiment d’abandon et une angoisse de mort.
(2) Prof. Dr. Bernhard Hassenstein, spécialiste de la biologie du comportement, Université de Freiburg.

Références bibliographiques en fin d'article.

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